Ecrire, pourquoi ?

18 07 2008

Inventée par les sumériens il y a 6000 ans, l’écriture se destinait au départ à comptabiliser les ventes et les achats de bétail. Les premiers textes “littéraires” en tant que tels narraient d’obscures légendes par soucis de pérenniser un culte où le roi, également prêtre, assumait sa souveraineté sur les consciences présentes. Outil économique et démonstration de puissance, écrire était un acte politique, si ce n’est usuel, destiné à affirmer sa civilisation. Vu d’un autre angle, l’écriture n’a rien de naturel. D’ailleurs, s’enfermer pendant des heures pour travailler un manuscrit et agiter son imaginaire afin de lui donner sa probité, ça ne relève ni du travail nécessaire à l’existence, ni d’un besoin vital qui lui assure sa subsistance et encore moins du divertissement qui amène aux pauvres êtres une jouissance facile, humaine, naturelle.

Alors pourquoi écrit-on ? Quelle est si mauvaise raison qui nous emprisonne dans le sacerdoce des lettres et nous fait passer aux yeux de nos proches ou de l’anonyme pour des excentriques, au mieux, ou pour des fous, au pire.

Dans une société individualiste à souhait, certains – s’ils étaient honnêtes – répondraient à cette question par le “pour quoi” : l’argent, la gloire ou le prestige tout personnel d’afficher sur sa bibliothèque un livre bien à soi, écrit par soi, portant son nom. A l’exception de quelques écrivains, on fait rarement fortune avec sa plume. Au mieux, on survit grâce à elle. Quant à la gloire et au prestige individuel, ils ne demeurent qu’illusion passagère quand les écrits parviendront à des héritiers indignes. D’autres écrivent par “thérapie” mais trouvent-ils vraiment à guérir avec le produit de leur irrationnel et cette matière littéraire qui ne résout rien ? Enfin, pour quelques uns, l’écriture appartient à l’ordre du destin. On naît ou ne naît pas écrivain. Quelque part, c’est écrit. A l’inverse, les pragmatiques se plaisent à démystifier le propos en estimant que l’écriture n’est un exercice intellectuel, un “outil” pour la pensée. Chose que les écrivains du dimanche ne contesteront pas bien qu’ils préfèrent le terme “de loisir”.

Et moi, pourquoi j’écris ? N’ayant pas résolu la question, je ne préfère pas m’embarrasser en croyances laissant à celles des autres le moyen de s’exprimer.