Festival de Cannes, l’autre Amérique

15 05 2008

Le festival du film de Cannes s’est ouvert hier soir. N’étant pas invité à monter les marches, je ne pourrais pas émettre une critique de Blindness (film de Fernando Meirelles) et relier l’avis des spécialistes en la matière ne m’intéresse pas. 

Plutôt que de répondre à la rumeur - bonne ou mauvaise -, je me devais de parler du festival en lui-même, cette autre Amérique. Depuis quelques temps, pour ne pas dire des décennies, Cannes est devenu une tribune de la contestation tout azimut. Généralement quand des américains (à l’instar de Quentin Tarantino en 2004 ou Sean Penn pour cette année président le jury), on peut s’attendre à une certaine orientation du palmarès. Il est amusant de constater qu’ils ont l’exécrable habitude de monter une tribune politique. il faut dire que la presse française et internationale les y invitent cordialement, donnant dès lors une image faussée de l’Amérique.

Dans notre hexagone confortable en certitudes, on s’imagine alors qu’il existe un cinéma d’auteurs prestigieux dans le pays de l’oncle Sam. On se prend à rêver que subsistent des acteurs, des réalisateurs et des scénaristes engagés. A vrai dire, l’Amérique de Cannes n’est qu’une image tronquée comme le cinéma peut créer du rêve ou déformer la réalité. La grève des scénaristes a su démontrer à l’opinion que l’usine à rêves avait son prolétariat. Les films d’auteurs que les critiques apprécient ne sont pas ou peu diffusés en Amérique. Quant à la politisation des acteurs, à l’exception de quelques uns, elle est versatile en fonction du vent et de sa chaleur. Autrement dit, l’Amérique de Cannes est celle de New-York, Boston, San Francisco et d’une part infime de Los Angeles. Bref, quelques kilomètres carrés d’un européanisme perdurant.

Quant à la palme d’or cette année - et de ce que j’en ai pu lire ou entendre sur la sélection - je mets mon option sur le film d’Ari Folman : Valse avec Bashir. Pour ce qui est des longs-métrages français, no comment




Les magazines littéraires

15 05 2008

Pour avoir lu différents magazines littéraires en kiosque, voici une évaluation toute personnelle des deux médias leaders.

 

Le magazine Lire est clairement orienté pour un large lectorat avec des extraits de livres, des interviews, des dossiers de vulgarisation et des critiques d’actualité. S’il se destine au grand public, il est néanmoins de bonne qualité et agréable à feuilleter quoi qu’on puisse lui reprocher d’être un poil trop conciliant avec les auteurs pour être tout à fait honnête. Mais ce n’est pas l’essentiel pour cet hebdomadaire qui illustre bien la tendance.

 

Pour avoir été lecteur pendant plusieurs années du Magazine Littéraire, je le voyais lentement tomber dans un académisme dont seuls les universitaires parvenaient à en apprécier le contenu. Mais - fort heureusement - cette institution a fait sa mue. Déjà par une forme moins austère, plus agréable, foncièrement plus belle, qui ravie le lecteur. Ensuite par le contenu - tout en parvenant à garder une exigence qui caractérise cette revue - s’est démocratisé au point que je peux me réabonner.




Ecrire et fumer

14 05 2008

N’en déplaisent aux inquisiteurs de la salubrité publique, internet - et a forciori mon blog - n’est pas une zone non fumeuse. Ecrire et fumer peut s’avérer nuisible pour la santé mais demeure un plaisir inénarrable pour celui qui ne s’est jamais essayé.

Le créateur qu’est l’écrivain, aussi soit considérable son ego, contemple sa vie se consummer dans une fumée légèrement bleutée qui devient linceul vaporeux lorsqu’il l’inspire pour la recracher. La contradiction entre le démiurge fictionnel et les avatars de sa propre existence fait de cet acte, bien futile en soi, aliénant il est vrai, une oeuvre en tant que telle. Bien surn ces moments à côtoyer un plaisir aussi bien corporel que spirituel n’arrivent pas souvent. Il y a, plus fréquemment, la clôpe habituelle et la cigarette nerveuse.

Mais une page vierge devient tout de suite magique avec un bon cigare du type d’un Davidoff special “R” double corona ou d’un Montecristo numéro 4 petit corona. Seul les amateurs et écrivains de surcroît me comprendront.




Ecriv@ins

13 05 2008

Alors que Myspace permet l’émergence de nouveaux talents musicaux et que les artistes de tous genres se retrouvent sur Taltopia, quand est-il des écrivains ?

Evidemment, vous trouverez un nombre vertigineux de forums et de groupes pour “écrivains en herbe” où les membres s’adonnent à des discussions pathétiques sur la raison du pourquoi et la cause du comment, clament des poésies au doux parfum de l’adolescence et vous inondent avec leur littérature indigeste. Lorsque vous vous détournez de ces espaces stériles, viennent à vous des pages publicitaires pour publier et vos textes en ligne. Les scribouillards s’y pressent et la qualité littéraire quittent inévitablement les sites à l’instar de Book and Write tellement similaire à Manuscrit.com. A vrai dire, il ne s’agit pas de se constituer des amitiés littéraires, de trouver des partenaires pour un projet et d’approcher subtilement les éditeurs comme une communauté internet le supposerait. Nonn vous remplissez de vos mots transparents des serveurs de sociétés commerciales céciteuses sur la valeur réelle de vos écrits et pratiquant allègrement la vente forcée.

Si j’ai quelques amis qui ont fais la douloureuse expérience de ce genre de site, j’ose espérer qu’un jour internet devienne un véritable espace littéraire. Outre 1001 scénaristes qui est un site sérieux, il n’y a guère que les institutionnels, les associatifs et quelques passionnés qui relèvent un peu le niveau lorsque je me désole qu’il n’existe pas une “communauté”  comme je l’entends. Vivement que WritersCafe devienne francophone !




Mein kampf, le livre de la haine

12 05 2008

CouvertureAllumant la télévision après des heures d’écriture tardive, je suis tombé sur un reportage intitulé Mein Kampf, c’était écrit diffusé sur Arte. Reportage intéressant sur un livre qui a cristalisé et cristalise encore les haines pour autant qu’il soit devenu “tabou”. Etonnamment, j’ai lu des dizaines de livres restés dans l’histoire ceux de despotes tels que Staline, Lenine, Mao ou Napoléon. Pour autant, la curiosité ne m’a jamais amené à parcourir les pages de Mein Kampf. A réfléchir sur le pourquoi, le poids de la souffrance transmise par les générations qui m’ont précédé et le souvenir de l’intolérance qui a pu me toucher expliquent probablement ce qui me pousse à délaisser cet écrit inqualifiable tant il suscite en moi des blessures dues à l’inconscient collectif. Bien que j’ai lu Hannah Arendt pour comprendre, Pierre Milza pour savoir, la source du mal m’inspire un profond dégoût comme si j’allais trahir cette mémoire qui m’a construire en donnant à ce livre un intérêt quelconque.

Drôle de sentiment qui m’atteint en cherchant la couverture pour illustrer ces quelques lignes.




La mort du style

11 05 2008

Depuis deux à trois ans, ma réflexion évolue vers un pessimisme grandissant sur de nombreux sujets et plus encore sur l’esthétisme pour qu’il soit dévolu à la “mode”. Slogan du monde contemporain qu’Alexandra Golovanoff fait répété au commun des mortels par trois fois, la “mode” induite dans la littérature annonce la mort du style.

La longue période d’agonie dans laquelle nous nous trouvons débute à la charnière des années 1990 à 2000 où une nouvelle génération d’auteurs s’est fait connaître. Enfant dans les années 1970, adolescent dans les années 1980, ils sont nés lorsque l’académisme s’est effondré et ont grandis dans une période consumériste à souhait. Bien que je ne crois pas que l’époque fait l’auteur, elle contribue néanmoins à forger ses références et à cristaliser sa pensée. S’ils sont acteurs de leur temps, les écrivains demeurent les héritiers heureux ou malheureux de ceux qui les ont précédés. Généralement, la nouvelle génération conteste la précédente pour se désoler de la suivante. Néanmoins, les écrivains qui maintiennent leurs présences depuis deux décennies n’ont guère rejeté la pensée des ancêtres pour, au mieux, l’édulcorer. Nous sommes en présence d’une génération entière qui, pour n’avoir rien vécue, pour n’avoir rien penser, minimise l’esthétisme.

Désormais, une nouvelle génération d’auteurs émerge à son tour. Mais loin d’espérer, je lui reproche exactement la même chose que la précédente. Thématiquement, elle se cantonne dans les mêmes sujets. Stylistiquement, elle se persuade que l’usage de l’argot est une nouveauté. Et comme la “mode” est plus important que l’esthétisme, le domaine de la pensée, les éditeurs suivront le mouvement et - n’ayons crainte - ils seront encensés comme leurs aînés. Renouveler le style, renouveler les genres, renouveler la pensée et penser le siècle autrement qu’en fermant les persiennes d’un monde parisien totalement désuet, serait ouvrir la boite de Pandore dans notre société si conformiste, si sujette à la “mode”.

Sans qu’il soit novateur outre-mesure, mon style ne ressemble à aucun autre. Sans révolutionner le genre, mon roman peint un univers à la lisière de biens d’autres. Mon écriture a-t-elle une chance d’être reconnue pour sa valeur ? Par pessimisme, une fois encore, je finis par ne plus y croire même si j’espère de ma génération qu’elle se hisse à la hauteur de ce qu’on appelle la littérature française. Et, qu’une fois pour toute, elle refuse la “mode” et n’entende guère les sirènes de la facilité.




Le syndrome de la page noire

9 05 2008

Si certains auteurs souffrent du syndrome de la page blanche où d’un manque d’inspiration manifeste qui devient vite anxiogène, je souffre - pour ma part - du méconnu du syndrome de la page noire. Cette peur panique intervient quand, une fois mon brouillon écrit, j’attaque la réécriture.

D’une manière très méthodique, je reprends le texte brute, je l’annote sur mon moleskine et j’attaque la réécriture. Procédé que j’effectue pour une réécriture narrative. Puis que je renouvelle pour la réécriture stylistique et, finalement, pour la langue. Mais, perfectionniste jusqu’à l’obsession, je ne me contente pas de trois réécritures mais d’une bien d’une dizaine (exemple : pour mon roman actuel, je suis à la troisième réécriture narrative).

C’est alors que survient le syndrome de la page noire où la peur panique de me confronter à un mur de mots, devenant en cela digue à ma propre créativité qui finit par imploser. Quand ça m’arrive comme hier, je bloque. Si le blocage n’est jamais persistant, il n’en demeure pas moins contraignant ; malheureusement.  




Floraison sauvage (Aharon Appelfeld)

8 05 2008

Présentation de l’éditeur :

Un frère et une soeur, Gad et Amalia, ont reçu un étrange héritage de leur oncle : ils sont, depuis six ans, les gardiens d’un cimetière au sommet d’une montagne. Nous sommes dans les Carpates, au milieu du XIXème siècle. Amalia redoute la solitude des mois sombres et froids. Et rien ne l’apaise, pas même les mots de son frère. Pour tromper leur mélancolie, Gad et Amalia prennent l’habitude de boire, le soir. Au fil des verres de Slivovitz, l’exultation qui s’empare d’eux libère une tension sensuelle, jusqu’à l’accomplissement de la transgression. Ils passent plusieurs jours l’un contre l’autre, jusqu’au jour où Amalia découvre qu’elle est enceinte. Dans la vallée où ils doivent fuir, contraints d’affronter leur honte et le monde des hommes, le typhus décime les villages.

Ma critique :

Il existe des livres que l’on referme en s’exclamant : “j’aurai tant voulu l’écrire”. Puis d’autres, comme Floraison sauvage d’Aharon Appelfeld que l’on range dans un coin de sa bibliothèque souhaitant que le temps jaunisse les pages et que l’encre doucement s’évapore afin qu’on le réécrive ultérieurement. Si les thèmes de la disparition et l’inceste ont une connotation biblique depuis l’épisode de la Genèse où Loth abuse de ses filles pour perpétuer sa race, l’histoire ne parvient pas à les transcender. Il y a bien le symbolisme, l’atmosphère, mais le style pompeux ennuie le lecteur si - comme votre serviteur - il ne le fait pas sourire. Autant dire que poétiser la poésie ça sonne faux et qu’aggraver la gravité, aussi. On se croirait dans une de ces pièces de théâtre où les acteurs surjouent pour juguler un décor absent et une réalisation médiocre. Au fil des pages, on se rend compte qu’il s’agit d’un de ces ouvrages dont raffolent les snobiards parisiens. Il y a là de la “culture”, de la “profondeur”, de la “transgression”, des “dialogues monologués” et des “monologues dialogués”. Bullshit ! Pas étonnant qu’après les cultureux confondent l’histoire de Loth refugié de la damnation divine avec ”l’histoire d’Adam et Eve dixit André Clavel (Lire, Décembre 2005). Alors sur le coin de sa bibliothèque, on élève des termites pour qu’ils dévorent cette oeuvre de vieillesse qui fait honte à Aharon Appelfeld.




Vas, vis et deviens

7 05 2008

Pour l’avoir vu une deuxième fois hier, je me devais de faire une critique de Vas, vis et deviens (film de Radu Mihaileanu, co-scénarisé par Alain-Michel Blanc).

Synopsis : (Par le site Allociné)

Affiche du filmEn 1984, des milliers d’Africains de 26 pays frappés par la famine se retrouvent dans des camps au Soudan. A l’initiative d’Israël et des Etats-Unis, une vaste action est menée pour emmener des milliers de Juifs éthiopiens vers Israël.
Une mère chrétienne pousse son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort. L’enfant arrive en Terre Sainte. Déclaré orphelin, il est adopté par une famille française sépharade vivant à Tel-Aviv. Il grandit avec la peur que l’on découvre son double-secret et mensonge : ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvrira l’amour, la culture occidentale, la judaïté mais également le racisme et la guerre dans les territoires occupés.

Ma critique :

Pour une fois qu’un film israélien aborde des sujets de société comme l’immigration et la différence dans un Etat assimilationiste avec l’ambiguité des personnages et une quête identitaire, on pouvait s’attendre qu’il aie tout le succès escompté. Il aura fallu attendre trois ans pour le voir à la télévision pour que ça ne boulverse les spectateurs. Oui, Vas, vis et deviens est un film boulversant, basé sur le pathos et les bons sentiments comme une critique sociale peut l’être. Néanmoins, j’aurai trois reproches à lui faire. D’une part, si le film est long (180 minutes), il n’aborde que trop peu le racisme ordinaire pour se figer sur le mensonge du personnage et sa quête identitaire en découlant. D’autre part, comme tous les films israéliens, il y a des longueurs, des silences, des gros plans qui - s’ils suscitent l’émotion - ennuient profondément le spectateur. Finalement, les dialogues sont parfois pauvres, voir inexistants, ce qu’il place l’essentiel de l’action dans l’introspection. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi pour un roman mais on s’attend à ce qu’une comédie dramatique ne soit pas trop romancée pour susciter l’intérêt d’un plus large public (comme une critique sociale s’avère bien plus efficace lorsqu’elle est axée sur les évènements).

En somme, un bon film (surtout pour un film israélien dont Amos Gitaï a totalement dénaturé le genre) avec un scénario de toute beauté même si, selon moi, Radu Mihaileanu aurait faire trois longs-métrages de 90 minutes pour rendre compte de l’histoire.




Le coopérant

5 05 2008

Je reprends ma coopération avec mon compère SaT pour un projet de blagues illustrées sous forme de comic strip. Après une idée de bande-dessinée avortée, la fine équipe repart de plus belle pour “O % de droits et 0 % de gloriole” me concernant. Je ne suis pas un saint désargenté mais j’ai bon espoir que ce petit sacrifice débouche sur d’autres opportunités en attendant que je détrône Jodorowsky du panthéon des scénaristes … doux rêve.